Emmanuel Dekoninck livre sa version d’Hamlet, la célèbre pièce de William Shakespeare. Contemporaine et rock.

Il m’a fallu du temps avant de pouvoir vous parler de cette pièce purement atypique.
Ayant vu l’horrible adaptation de Roméo et Juliette de Baz Lurhmann avec Léornardo Dicaprio et Claire Danes, j’avoue que j’y allais avec quelques appréhensions.

Ce qui m’a poussée à y aller ? Thomas Mustin. Le connaissant particulièrement pour le côté musical de sa carrière, et brièvement au cinéma, notamment dans « La Trêve » et « Je voulais juste rentrer chez moi » ou encore plus récemment « L’île aux trente cercueils », il me tardait de voir cet artiste complet sur scène au théâtre.

Fan incontestée de Shakespeare qui n’aime pas trop que l’on touche au classique, la soirée allait être soit un calvaire, soit une réussite totale.

© Alexandre Drouet

Petit rappel de la pièce

Hamlet, jeune prince du Danemark, beau, riche, amoureux, idéaliste, mène brillamment ses études en Allemagne, quand, un matin, il est rappelé d’urgence à Elseneur. Le roi, son père, son mentor, son modèle est mort brutalement. Pour le prince, c’est une catastrophe ! Le monde révèle son visage le plus obscur et ses idéaux s’effondrent. Une brusque sortie de l’adolescence qui entraîne doutes et questionnements. Que faire ? Subir ? Agir ? Détruire ? Disparaître ? Vivre ? Ou mourir ?

« Doute que les étoiles soient feu, – Doute que le soleil se meuve, – Doute de la vérité même, – Mais ne doute pas que je t’aime. »

L’introduction musicale s’ouvre sur le tableau d’Hamlet (T.Mustin) déclarant sa flamme à Ophélie (Camille De Leu), fille de Polonius, chambellan et conseiller du roi.

C’est alors que le jeune homme apprend la mort de son père et, dans la foulée, la relation de sa mère avec son oncle Claudius.

L’aspect musical est une partie centrale de l’œuvre ainsi que le jeu des décors que les comédiens déplacent au fur et à mesure de leur scène dans un ballet chorégraphié à la note près.

© Alexandre Drouet

Un Hamlet presque rock’n’roll

On adore détester Claudius, on a mal pour Ophélie et on aimerait réconforter Hamlet, qui jongle entre rêverie, et folie, tout en faisant mouche dans les observations qu’il fait du monde qui l’entoure.
La déclamation des vers de Sir William y est un peu détournée, mais n’est-ce pas là un signe d’intelligence d’accrocher l’oreille des jeunes spectateurs présents en nombre (avec leur école) pour l’occasion ?

« N’est-ce pas monstrueux que ce comédien, ici, dans une pure fiction, dans le rêve d’une passion, puisse si bien soumettre son âme à sa propre pensée, que tout son visage s’enflamme sous cette influence, qu’il a les larmes aux yeux… »

On passe du rire, aux larmes dans une version condensée, mais tellement énergique, presque rock’n’roll. La mise en scène est électrisante et vous happe dans l’histoire.

Thomas Mustin y est décoiffant, tout autant que les autres comédiens, tous pluridisciplinaires puisque ceux-ci chantent, dansent et jouent la comédie.

Shakespeare n’est pas mort. Il est bien là parmi nous !

Il est donc temps de rendre hommage à toute l’équipe de cette fabuleuse adaptation.

Adaptation et mise en scène : Emmanuel Dekoninck
Avec : Thomas Mustin, Camille De Leu, Bénédicte Chabot, Frédéric Nyssen, Gilles Masson, Gaël Soudron, Nicolas Ossowski, Jérémie Zagba, Frédéric Malempré
Chorégraphie : Bérengère Bodin
Direction musicale : Sam Gerstmans
Scénographie : Olivia Sprumont
Lumière : Xavier Lauwers
Costumes : Catherine Somers
Chorégraphie des combats : Émilie Guillaume
Assistanat à la mise en scène : Alexandre Drouet
Une coproduction des Gens de bonne compagnie asbl, de l’Atelier Théâtre Jean Vilar,du Wolubilis, du Centre culturel de Nivelles, du Centre culturel Famenne-Ardennes et de DC&J Création

Sans aucun doute, cette adaptation est de loin la meilleure à laquelle j’ai pu assister.

Chronique : Emilie Malburny