Dans le cadre du mois d'actions « Femmes de Mars », le Centre Ener'J a organisé l’exposition « Méduse et le féminisme », un projet en collaboration avec le Théâtre de l'Ancre et les jeunes de l'AJMO Solidarcité. Prenant le mythe de Méduse comme point de départ, l’initiative vise à explorer la diversité de ce mouvement. L’exposition est accessible aux visiteurs jusqu’à la fin du mois d'avril.

Loin de l’image stéréotypée de la créature effrayante, Méduse est ici réinterprétée comme une figure complexe à travers les œuvres des jeunes et les vidéos proposées au Centre Ener’J. À travers les différents supports artistiques présentés, tout le monde est invité à repenser sa compréhension du féminisme et à s’approprier le sujet à sa façon. Les visiteurs ne sont donc pas de simples spectateurs, ils peuvent partager leurs impressions, notamment sur le mur des injonctions.

Sixmille a eu le plaisir de s'entretenir avec Christophe Bedin, animateur au Centre Ener'J. Au cours de cet entretien, il nous a, entre autres, parlé de son parcours et de l’organisation de l’exposition « Méduse et le féminisme ».

Christophe Bedin
Christophe Bedin

  • Peux-tu te présenter et raconter ton parcours ?
  • Je m’appelle Christophe Bedin et je suis animateur au Centre Ener’J depuis cinq ans. Je m’occupe des thématiques liées au genre, notamment sur les stéréotypes de manière générale, dans les métiers, dans les médias, mais aussi la communauté LGBTQIA+. Nous faisons partie de la plateforme Femmes de Mars qui organise des activités tous les ans. Et cette année, on a décidé de mettre au point une exposition qui aborde à la fois le féminisme et le mythe de la Gorgone Méduse.

  • Donc, tu es un des organisateurs de Méduse et le féminisme ?
  • Le Centre Ener’J fait partie des partenaires. Cette exposition fait résonnance à un spectacle au Théâtre de l’Ancre qui traite des violences faites aux femmes. Nous avons également travaillé avec l’AJMO. En effet, ce sont les jeunes en décrochage scolaire qui ont réalisé une partie des œuvres qui sont visibles pendant l’exposition.

  • Comment s’est passée l’organisation de l’exposition ?
  • Nous avons organisé deux ateliers. Le premier abordait la réflexion sur la question « C’est quoi être féministe en 2024 ? », où les jeunes ont créé des affiches contenant des mots clés associés au féminisme. Dans le second atelier, les jeunes ont eu l’occasion de réaliser des œuvres artistiques tout en explorant cette même réflexion. Nous sommes partis de l’idée suivante : Est-ce que Méduse transforme les hommes en pierre parce qu'elle les déteste ou pour protéger les femmes ? Cela évoque le parallèle entre les différentes perspectives féministes. S’agit-il de femmes qui nourrissent une aversion envers les hommes ou de femmes qui luttent pour leurs droits ? Nous voulions montrer que les féministes ont autant de visages, de représentations que la Gorgone Méduse parce qu’elle n’est pas uniquement cette créature effrayante qui change les hommes en pierre. Cette collaboration a été très enrichissante. Les jeunes ont pu exprimer leur propre vision, partager leurs expériences personnelles, et cela s'est traduit par les œuvres exposées ici, au Centre Ener'J. Lorsque l'on connaît leur parcours et leur histoire, cette exposition prend une toute nouvelle dimension.

  • Concernant le spectacle dont tu nous as parlé à L’Ancre, quel est le lien entre l’exposition et la pièce de théâtre ?
  • En fait, l’exposition retrace le mythe de la Gorgone Méduse en établissant un parallèle avec les différentes formes de violence auxquelles les femmes sont confrontées, notamment le viol. Vu que dans le mythe, Méduse subit un viol de la part de Poséidon, nous voulions faire écho à cela.

    Œuvres à l'expo Méduse et le féminisme
    Œuvres à l'expo Méduse et le féminisme

  • Par rapport au mythe de Méduse, pourquoi avoir choisi celui-là et pas un autre mythe ou thème qui fait écho au féminisme ?
  • C’est parti de la programmation proposée par L’Ancre, qui incluait cette pièce sur Méduse et la mythologie. Après plusieurs réflexions avec mes collègues, nous avons décidé que ce serait une bonne chose d’utiliser ce mythe. Selon moi, c'est une approche inhabituelle pour aborder le féminisme, pas nécessairement nouvelle, mais simplement un peu différente. Lorsque l’on demande aux jeunes « C’est quoi être féministe ? », ils nous répondent que ce sont des extrémistes, que les féministes détestent les hommes et c’est dommage qu’en 2024, des personnes aient encore cette façon de penser. Je discutais avec quelqu’un de l’utilité de redéfinir le féminisme et il m’a répondu que cela revenait à expliquer une blague. Si on explique une blague, c’est qu’elle ne fonctionne pas. Si, de nos jours, nous sommes encore obligés d’expliquer le féminisme, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. C’est pourquoi, nous trouvions important, en tant que centre d’information pour la jeunesse, de remettre les choses en perspective et de redonner sa lettre de noblesse au féminisme.

  • Qu’est-ce qui attend les visiteurs à l’exposition Méduse et le féminisme ?
  • Cela pourrait leur permettre d’avoir une vision un peu plus éclairée du féminisme, mais aussi se poser des questionnements. Est-ce que toutes les femmes sont féministes ? Est-ce qu’un homme peut être féministe aussi ? Avec tous les rôles et toutes les injonctions que l’on peut nous imposer dans la société en tant qu’hommes ou femmes, je pense que les visiteurs viennent à l’exposition pour ces questions-là, mais également par curiosité par rapport au mythe. La plupart des gens connaissent la partie où Méduse est décapitée par Persée, mais en général, peu de gens savent pourquoi elle est devenue cette créature monstrueuse.

  • Peux-tu décrire cette exposition en trois mots ?
  • En premier, je la qualifierais de participative. Il s'agit d'une collaboration entre différents partenaires, surtout marquée par l'engagement remarquable des jeunes, qui se sont investis pleinement dans leurs réflexions et leurs créations. Nous ne nous attendions clairement pas à un tel résultat, qu’ils aillent aussi loin dans leurs représentations et se livrent autant par rapport à leur vécu. L’atelier créatif a permis de leur délier la parole.

    Ensuite, je pense que « réflexive » correspond bien à l’exposition parce qu’elle apporte cette réflexion sur le féminisme et sur des choses qu’on pense connaitre, mais finalement que l’on ne connait pas si bien que cela. Une histoire a généralement deux faces, tout comme le mythe de la Gorgone Méduse.

    Le troisième mot est collective. Sans ce partenariat et ce lien entre partenaires, l’exposition n’existerait peut-être pas. Au Centre Ener’J, on aurait peut-être pu travailler seuls avec les jeunes, mais je ne suis pas certain que nous serions arrivés à un tel résultat et à aller aussi loin dans cette réflexion.

    Il y a peut-être d’autres mots qui résument l’exposition, mais ces trois-là lui correspondent très bien.

  • Y a-t-il des futurs projets organisés par le Centre Ener’J dont tu voudrais parler ?
  • Certains et certaines de mes collègues et moi-même souhaitent mettre en avant l'intelligence artificielle à travers des ateliers. De plus, nous prévoyons de mettre en place des ateliers blocus pour les étudiants du supérieur, ainsi que des stages pour les jeunes. Il est probable que nous organisions également une formation pour les professionnels sur les sujets liés à la communauté LGBTQIA+. Comme j’ai peut-être oublié certains projets, il est préférable de nous suivre sur les réseaux sociaux pour être informé de toutes nos initiatives.

  • As-tu quelque chose à ajouter ?
  • Dans nos actions, nous nous concentrons avant tout sur les besoins et les attentes des jeunes. C’est pourquoi ils ne doivent pas avoir peur de pousser la porte et de poser leurs questions. Nous sommes là pour les accompagner et les aider du mieux que l’on peut.

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    Publié le 26 Mars 2024 par

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