Le 24 mars 2026 à 12h30, un concert de midi a mis à l’honneur la guitariste Gaëlle Solal et le violoncelliste Pierre Fontenelle au Palais des Beaux-Arts.

Réunis sur scène, les deux artistes ont proposé un programme riche et nuancé, consacré aux grandes de la musique latino-américaine, et en particulier de la musique brésilienne.

Après le concert, Dimitri Alaime et Gaëlle Collart ont interviewé Pierre Fontenelle, musicien belgo-américain.

Photos : Lyodoh Kaneko

  • Comment avez-vous eu l'idée de collaborer et de faire ce projet ensemble ?

Pierre : C’était assez simple. Gaëlle et moi avions tous les deux été invités à participer à une émission de table d’écoute sur Music 3. Le principe est de comparer différentes interprétations d’une même œuvre pendant deux heures à la radio, avec toujours deux invités instrumentistes. Ce jour-là, il s’agissait d’un quintette avec guitare de Boccherini. C’était aussi une période où Gaëlle venait tout juste de sortir son album consacré à la musique brésilienne. On s’est rencontrés à ce moment-là, entre 2020 et 2021, et le courant est tout de suite passé. On s’est liés d’amitié assez naturellement. C'était un match comme on dit.

De mon côté, j’organisais alors un festival de musique classique, aux Concerts des Dames, à l’Abbaye Notre-Dame du Vivier à Namur. Pour la première édition, j’ai eu envie d’inviter Gaëlle comme marraine, pour un récital, mais aussi pour qu’elle donne une masterclass à un guitariste namurois. Au départ, j'avais un rôle de programmateur. Mais très vite, l’idée de jouer ensemble s’est imposée comme une évidence. Notre premier concert commun a d’ailleurs eu lieu, si je me souviens bien, dans le sud de la France.

  • Quimeras va faire l'objet d'autres concerts ?

Pierre : Sans aucun doute. Nous avons encore un concert dans deux à trois semaines au Château d’Ittre. Nous serons également dans la région de Bordeaux plus tard dans l’année, et nous avons déjà eu l’occasion de nous produire à Namur, au Grand Manège. 

C’est encore le tout début et, comme nous n’avons pas d’album commun, ce n’est pas toujours le plus simple à "vendre". On prend le temps pour découvrir et tester de nouveaux arrangements, puis de les peaufiner. On reste patients, d’autant que nous avons tous les deux énormément d’activités en tant que solistes. Gaëlle sort son CD et, de mon côté, je vais en publier deux autres la saison prochaine. Trouver du temps pour des concerts en commun n’est donc pas toujours évident, il s’agit surtout de coordonner les agendas.

  • Y aura-t-il un enregistrement à l'avenir ?

Pierre : C'est possible. Mais on ne peut rien promettre car cela dépend aussi des labels comme Gaëlle et moi n'avons pas le même. On aimerait pouvoir tout faire quand on le souhaite, mais on n'est jamais aussi libres qu'on ne le voudrait.

  • Avec Quimeras, quelle émotion ou image souhaitez-vous transmettre ? Une émotion définie ou libre ?

Pierre : Ce n’est pas une émotion définie, et je pense que ce serait dommage s’il n’y en avait qu’une seule. Une œuvre représente toujours bien plus qu’une réalité singulière. Dans notre travail, on essaie que chaque note tende vers une autre, qu’elle s’inscrive dans un mouvement. L’idée derrière le programme "Chimères", c’est à la fois de retrouver le caractère rêveur des œuvres, mais aussi d’explorer un pan du répertoire sud-américain et latino dans toute sa diversité, un répertoire encore relativement méconnu du grand public.

On aime aussi mélanger la musique dite classique et non classique. Ce sont surtout des étiquettes : dès qu’on les fait coexister, on se rend compte que les cases n’ont pas vraiment de sens. Pop, jazz, contemporain, classique… au fond, tout n’est que communication. Une communication d’humain à humain. Dans ce cadre, nous sommes simplement des vecteurs. Les compositeurs ont imaginé, rêvé une œuvre, et nous essayons de nous rapprocher de ce rêve, de lui donner corps, pour qu’il parvienne jusqu’au public. Ensuite, chacun se l’approprie avec sa propre sensibilité et c’est ce qui est magnifique. Nous étions 200 dans la salle, donc 200 manières différentes d’interpréter.

  • Si votre instrument pouvait parler, quelle histoire raconterait-il ?

Pierre : Mon violoncelle est assez tendre, avec quelque chose de doux et de salé à la fois. J’aime quand il raconte autre chose que la simple perfection, quand il se rapproche de l’humain, non pas dans son idéal, mais dans sa réalité. S’il y a des scories dans le son, mon but est de leur donner du sens par rapport à la partition. Si celle-ci est ardue, je ne cherche pas à l’édulcorer. Si elle est suave, je m’efforce de la restituer avec honnêteté.

  • Avez-vous composé les morceaux qui seront dans votre prochain CD ?

Pierre : Non. C’est aussi une question d’honnêteté et d’authenticité. Pour mon premier CD, sorti il y a un peu plus d’un an et demi, je voulais proposer quelque chose qui me ressemble vraiment. Je ne voulais pas commencer par enregistrer du Beethoven ou faire un album de récital violoncelle-piano traditionnel, parce que cela ne me correspond pas. Qu’est-ce que je peux dire de plus dans ces œuvres, déjà interprétées tant de fois par de très grands maîtres ? Je ne suis pas sûr que je puisse dire quelque chose de vraiment intéressant et de nouveau qui en vaille la peine.

Là où je peux donner quelque chose, c'est dans la musique contemporaine américaine, dans laquelle je me suis plongé, mais également dans ma vision de ce que sont les États-Unis. Je voulais, à travers le CD, représenter la diversité des États-Unis où j'ai grandi pendant 14 ans, de 2001 jusqu'à 2014. 

J’avais envie d’un album qui ne soit pas uniquement de la musique classique : qu’il mêle musique classique, folk, musique du monde et contemporaine. Le CD réunit ainsi quatre styles musicaux, principalement issus de compositeurs du XXIe siècle aux États-Unis, et qui me représentent profondément.

On y trouve des pièces contemporaines avec percussions, marimba ou vibraphone, mais aussi de la musique folk américaine pour violoncelle solo, pas seulement liée au bluegrass. Il y a aussi deux œuvres solos d'une compositrice américaine d’origine indienne, née à Los Angeles, qui mélange la musique orientale indienne et la musique classique occidentale. Ce mélange est particulièrement américain et c’est une perspective que les Européens ne reconnaissent pas vraiment comparé aux Américains. En Europe, on a une vision assez uniforme de la culture des États-Unis, alors que, sur la côte ouest où j'ai grandi, ce n'est pas du tout cette réalité-là. Ce CD, c'est donc une version honnête des États-Unis dans lesquels j'ai grandi. Et mon prochain CD, ce sera une version honnête de la Belgique dans laquelle je grandis : de la musique contemporaine belge.

  • Merci beaucoup pour cette interview.
Publié le 7 Avril 2026 par
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