Le 31 mars dernier, le Quai10 a accueilli Silent Friend, en présence de l’actrice Luna Wedler, à l’occasion du Millenium Festival. Le Millenium Festival est un festival international de cinéma documentaire engagé. Après avoir voyagé au Chili, en Chine et en Arménie, le Festival Millenium poursuit son expansion en Belgique. Pour sa 18e édition, il revient à Bruxelles et les villes de Charleroi et Anvers ont également rejoint l’aventure.
À cette occasion, Dimitri Alaime et Gaëlle Collart vous propose un résumé des échanges entre les spectateurs et Luna Wedler, ayant suivi la projection du film.
Silent Friend, réalisé par Ildikó Enyedi, suit un Ginkgo biloba dans un jardin botanique, témoin de trois époques reliées entre elles : 1908, 1972 et 2020. Le film explore notamment le désir d’appartenance, la relation entre humains et plantes, et notre place dans le vivant.
- Le personnage joué par Luna entretient d’abord un lien avec les plantes à travers l’observation et la photographie, quelque chose d’assez concret et réaliste. Puis le film glisse progressivement vers une forme de communication plus mystérieuse, presque fantastique, avec ces plantes qui ouvrent les portes. Comment avez-vous pensé cette évolution dans la relation entre les humains et la nature ?
Luna : C’est intéressant parce que je comprends que ça puisse ressembler à de la magie, mais cette scène a vraiment été tournée en une seule prise. Il y avait une machine construite spécialement pour le film, avec un géranium qui activait un bouton pour ouvrir la porte. Et à un moment, la plante a réellement ouvert la porte.
C’est fascinant, parce que le film nous pousse sans cesse à nous demander où s’arrête la réalité et où commence la fiction. Même les éléments scientifiques qui y sont montrés sont bien réels. Au début, moi aussi, j’avais du mal à y croire.
Je pense aussi qu’elle est la première à sentir qu’il existe quelque chose de plus grand, qu’on n’était peut-être pas les premiers sur cette Terre. Après sa rencontre avec le vieil homme, tout semble changé autour d’elle. Les plantes deviennent presque inquiétantes, mais en même temps, elle ressent une forme de connexion avec elles. On voit une évolution dans la manière d’observer le monde, entre la première période et l’époque contemporaine, et elle en est le point de départ.
- Il nous faut du temps pour entrer dans le film, mais également pour en sortir.
Luna : Oui, le film est très contemplatif. On sent que la temporalité de l’arbre impose une lenteur au film. Les trois récits s’entrelacent. Cela fait partie de la proposition du réalisateur.
- Où le film a-t-il été filmé ? Et pouvez-vous dire un mot sur la photographie ?
Luna : Le film a été tourné en Hongrie, plus précisément à Marburg, Budapest et Saja (et éventuellement d’autres villes). Ce que j’aime bien, c’est que le film a été réalisé en fonction des périodes. La partie en noir et blanc a été filmée en 16 mm, celle des années 70 en 35mm et la période contemporaine en numérique. Il y a vraiment un travail extrêmement conscient dans la réalisation par rapport aux différentes périodes représentées.
- Où se trouve l’arbre (ginkgo) du film si on veut lui “rendre visite” ?
Luna : Les arbres représentés sont en Hongrie. Le grand arbre principal est dans un ancien jardin botanique de Budapest et un autre arbre lié au personnage de Tony se situe plus loin en Hongrie.
- À Kew Gardens, en Angleterre, j’ai vu une installation qui montrait “les ondes” autour d’un ginkgo, similaire à des images du film. C’était magnifique à voir.
Luna : Oui, et cela fait écho aux dernières images du film, marquées par cette explosion de couleurs. Elles montrent une rare séquence liée à la reproduction des arbres. Elles évoquent notamment la relation entre les ginkgos mâles et femelles. Une sorte de fin heureuse. (rires)
- Le film nous montre que c’est inutile d’arracher des arbres et d’en replanter. Il faut les laisser vivre. Détruire des arbres pour bétoniser et remplacer des arbres qui eux n’ont pas l’espace dont avaient besoin les anciens arbres, ça ferait réfléchir le monde politique de revoir la chose.
Luna : Le film montre la perspective qu’on est tous connectés. Les plantes étaient là avant nous et nous détruisons notre maison, mais aussi leur maison. C’est un film sur le changement climatique. Les plantes y apparaissent comme des amis silencieux, mais aussi comme des témoins qui nous jugent. Le film rappelle également que la lenteur peut avoir du bon, et que tout ne doit pas toujours être guidé par la rapidité ou la rentabilité.
- Merci !